ASSOCIATION
-éF-
Les éditions de la Fourmilière
« Certes, ce que j’avais éprouvé dans la bibliothèque et que je cherchais à protéger, c’était plaisir encore, mais non plus égoïste, ou du moins d’un égoïsme (car tous les altruismes féconds de la nature se développent selon un mode égoïste, l’altruisme humain qui n’est pas égoïste est stérile, c’est celui de l’écrivain qui s’interrompt de travailler pour recevoir un ami malheureux, pour accepter une fonction publique, pour écrire des articles de propagande) d’un égoïsme utilisable pour autrui. »
Marcel PROUST
STATUTS
NOM : Les éditions de la Fourmilière
OBJET : Participer à l’approche et à la compréhension (à jamais repoussée et inatteignable) de l’être humain, par le biais de son expression artistique — sous toutes les formes possibles et imaginables ; une expression faite de sentiments, de tripes, de raison & d’âme.
SIÈGE SOCIAL : 72, route de Lyon 38000 GRENOBLE
« Parce qu’elle procède de la rupture, l’écriture consacre la rupture. »
CLAUDE LOUIS-COMBET
ÉTHIQUE :
« Adhérer, idéalisme de poulpe. »
« Le militant, c’est comme le militaire ; en mou. »
GEORGES HYVERNAUD
« Tous les éditeurs sont des charognes. Pas un pour claquer l’autre ! les éditrices. Pire ! »
« Oh les critiques littéraires, c’est du bruit, de la vente clarinette... Le principal est qu’ils
bafouillent. D’abord, ils sont bien trop cons. »
L.-F. CÉLINE
« Sachez, dit le peintre, que ces gens qui jettent leur bave autour des choses de l’art, ces relations sexuelles artistiques, cette écoeurante excitation générale pour l’art et les artistes, m’a toujours dégoûté. Ces nuages menaçants de l’instinct de conservation le plus bas et puis l’envie... C’est l’envie qui fait que les artistes se soutiennent mutuellement. Chacun envie l’autre pour tout et n’importe quoi... J’en ai déjà parlé une fois, je prétends même : les artistes ce sont les fils et les filles de l’odieux, de l’impudence originelle, ce sont les archi-filles et les archi-fils de la lubricité, les artistes, les peintres, les écrivains, les musiciens, ce sont sur cette terre les êtres astreints à l’onanisme, ses centres répugnants de crispation, ses périphéries d’abcès, ses ordres de processus purulents... Je voudrais même préciser : les artistes, ce sont les grands vomitifs de notre temps, depuis toujours, ils ont été les grands, les plus importants vomitifs...
Les artistes, ne sont-ils pas une armée dévastatrice du ridicule, de la lie ? Je découvre toujours une infernale absence de scrupules dans la mentalité des artistes... Mais je ne veux plus avoir des pensées d’artistes, de ces pensées anormales, je ne veux plus rien avoir à faire avec les artistes, ni avec l’art, oui, ni même avec l’art, ce grand mort-né, le plus grand, le plus célèbre des mort-nés...
Comprenez-moi bien : je veux m’écarter de cette odeur nauséabonde. M’écarter de cette puanteur, voilà ce que je me dis toujours, et c’est ce que j’ai toujours, secrètement, pensé : fuir, fuir ce mensonge gratuit qui décompose tout, qui met tout en lambeaux, fuir cette prébende, cette sinécure éhontée...
Il dit : Les artistes, ce sont les frères jumeaux de l’hypocrisie, de l’abjection, les jumeaux d’un seul oeuf de l’exploitation la mieux protégée de tous les temps. Les artistes tels que je les ai connus sont tous fats et hâbleurs, rien que fats et hâbleurs, rien d’autre... »
T. BERNHARD
« Nous sommes des objets de publicité, des mannequins de publicité. C’est dégueulasse.
Il serait temps de faire une cure de modestie générale. Dans la littérature aussi bien que dans le reste nous sommes empuantis par la publicité. C’est vraiment ignoble. L’écrivain n’a qu’à faire un boulot et puis se taire. C’est tout. Le lecteur le regarde ou le regarde pas, le lit, le lit pas, et c’est lui que ça regarde, et puis c’est tout. L’auteur n’a qu’à disparaître. »
L.-F. CÉLINE
« Que cela nous plaise ou non, il nous faut parfois reconnaître la présence du cheval sauvage en nous. Le laisser galoper tout son soûl ; retombé épuisé sur le sable ; sentir la terre tourner ; éprouver — carrément — un mouvement d’amitié pour les cailloux et pour l’herbe, comme si l’humanité avait pris fin, et que, quant aux hommes et aux femmes, qu’ils aillent se faire pendre — on ne pouvait nier que ce désir s’emparait de nous assez souvent. »
V. WOOLF
OBJET :
Un constat : l’expression artistique, et l’écriture en particulier, de par les couches successives de poussière déposées sur elle, consciemment ou non, par une armada d’institutions (scolaires, médiatiques, artistiques, culturelles, intellectuelles, commerciales) qui sacralisent à tort ses acteurs et en font hypocritement des statues intouchables, est dévoyée dans sa représentation.
Ce qui a pour effet néfaste d’en éloigner a priori une quantité considérable de personnes, ou alors de les faire se pâmer pour de mauvaises raisons par le biais de l’effet de mode. Et la plupart du temps après la mort de l’auteur de cette expression artistique...
C’est pourquoi l’association « les éditions de la Fourmilière », à son niveau (c’est-à-dire à hauteur d’homme), s’inscrit contre cette détestable tendance, avec désespoir, joie et rage.
Parce qu’à l’origine de l’expression artistique (et c’est son unique raison d’être), il y a une personne (avec d’autres autour d’elle), en plein dans son époque, qui vit et qui a ressenti à un moment donné le besoin de s’extirper par le haut de ce magma boueux, collant et sale qu’est la vie, en s’exprimant et en diffusant le fruit de son expression (qui a aussi son aspect boueux, nous le savons).
C’est en rétablissant cette vérité première, en redonnant toute sa chair, toute sa force de vie, au fruit de l’expression artistique, que des personnes s’autoriseront à le goûter et, qui sait, à découvrir alors un monde qui changera (ou pas !) leur vie intérieure. Et qui les amèneront peut-être à essaimer à leur tour.
Oui, déboulonner l’art, non pas dans le but de le vider de sa force et de le réduire pour le donner en pâture à tous, mais, au contraire, pour montrer la puissance de vie unique, magique, qu’il peut contenir dans l’espoir que l’art trouve l’individu qu’il transportera et qu’il fera évoluer.
Revenir au cœur de l’expression artistique : l’être humain qui vit et qui a soif de partager son humanité (quelle qu’elle soit, et peu importe la forme qu’elle prenne) avec l’autre, en vue d’un échange. D’un partage intime dans le secret des pages.
L’objet de l’association « les éditions de la Fourmilière » sera donc de participer à l’approche et à la compréhension (à jamais repoussée et inatteignable) de l’être humain, par le biais de son expression artistique — sous toutes les formes possibles et imaginables ; une expression faite de sentiments, de tripes, de raison et d’âme. Et ce, en éditant elle-même toutes formes d’expressions artistiques sur tous supports en ce qu’elles serviront son objet, ou en faisant découvrir à un large public, et sans a priori, des œuvres existantes servant son objet mais peu ou mal connues.
On le voit, l’objet de l’association sera à la fois culturel et pédagogique, au sens noble de ces deux termes.
MOYENS :
Pour réaliser son objet, l’association « les éditions de la Fourmilière » n’exclut aucun moyen. Tout se qui sera bon à sa réalisation sera entrepris.
Pour l’heure, cela s’effectuera par le biais de la publication d’ouvrages de son président, l’association lui permettant de formaliser et de structurer son désir de construction et d’expression par l’écrit, tout en s’inscrivant de façon plus large dans son objet, par ailleurs né de son travail d’écriture.
Si l’association peut, dans un premier temps, s’en tenir à cela, ce sera déjà très bien.
Mais, ne voulant a priori ne se fermer aucune porte (ça, les contraintes de la réalité s’en chargeront bien assez tôt), et si cela lui est donné, l’association pourra être amenée à publier les livres d’autres auteurs, suivant une ligne éditoriale éclectique, avec toujours le souci de la belle ouvrage à prix abordable, et respectueuse de son potentiel lecteur. Elle s’ouvrirait ainsi à tout type d’ouvrages sur tout type de thèmes et ne se limitant à aucun genre. Son fil directeur éditorial étant la force et la beauté des œuvres proposées et/ou sollicitées. Par conséquent, elle s’ouvrirait aussi à la publication d’ouvrages littéraires de personnes n’écrivant pas.
Concernant les livres, il va de soi que l’association « les éditions de la Fourmilière » fonctionnera sur la base d’un tirage minuscule, voire confidentiel : autour de 300 exemplaires (avec un minimum de 100 et un maximum de 500). Et certainement pas en vue d’un élitisme ridicule et d’un autre temps.
Mais par bon sens, d’abord. La priorité des éditions étant de faire honneur au contenu des livres qu’elles publient (et donc au lecteur), en s’efforçant de le fabriquer beau et élégant, elle n’a pas d’argent à mettre dans la publicité, la diffusion et la distribution. Ainsi, inutile de publier trop d’exemplaires. Et ses livres ne viendront donc pas en rajouter dans l’engorgement et entretenir l’absurdité des étals des marchands, déjà bourrés jusqu’à la gueule, insipidant tous les ouvrages qu’ils proposent au chaland.
Pour une question de stockage, aussi, tout simplement. Et pour tout ce qui touche à la manutention, à l’administratif, à l’argent, à la vente... et enfin parce que l’auteur de ses premiers livres est un inconnu !
Au-delà de ces questions de bon sens, par un nombre d’exemplaires édités limité, les éditions de la Fourmilière, le bel escargot, entendent respecter les livres ainsi nés. C’est-à-dire qu’aucun ne finira au pilon et qu’aucun ne sera soldé (son prix étant calculé au plus juste, voire à perte !).
Chaque livre aura ainsi toute la durée de son existence matérielle pour trouver lecteur, qui sera considéré dans les faits, à son pied. Le lecteur ne sera pas pris pour une vache à lait.
Enfin, l’association se gardera bien de connaître la misère d’un généreux catalogue, rentable sur une dizaine de titres pour des centaines d’autres qui, pour quatre ventes, finiront au pilon ou pourrissant dans des recoins sombres... (ce qui permettra par là même d’éviter une dépression carabinée).
On le voit donc : Tout en étant une maison d’édition, les éditions de la Fourmilière ne sont pas une maison d’édition. Et vogue la galère !
Au-delà des livres, l’association « les éditions de la Fourmilière », enfin, est ouverte à l’édition, à la diffusion et à la défense de tout type de supports permettant l’expression artistique. La défense et la présentation de ses productions pourront se faire par le biais d’interventions auprès de tous publics et sous toutes formes imaginables (présentations, interventions médiatiques, etc.) ou par l’intermédiaire de toutes idées se présentant à elle qui servira son objet . (« Le Blog de rurz » en est un exemple : outre le fait de centraliser les actions de l’association et de les faire connaître au public, il constitue aussi une plateforme permettant de faire découvrir les travaux des collaborateurs (ou non) de la Fourmilière, bref, de donner à voir les travaux d’auteurs talentueux mais n’ayant pas ou peu publié et étant peu ou pas connus. Et, qui sait ?, de permettre une collaboration à plusieurs autour d’un projet commun ?...)
Ces interventions serviront alors de tremplin pour faire connaître ou mieux connaître des œuvres passées ou récentes d’auteurs ayant publiés, mais peu ou mal connus, dont l’association estime qu’ elles sont en rapports direct avec son objet.
Un bon moyen pour ouvrir des perspectives et pour sortir de l’espace confiné de l’association, ce qui permettra de voir plus loin et de commencer à faire des liens, pour les participants à ces interventions, dans le champ artistique.
C’est ici l’aspect pédagogique de l’association, né de son désir de transmission et de faire découvrir d’autres formes d’expression artistique au public le plus large possible.
Bien sûr, peut-être cela ne pourra être possible. Si l’association voit loin alors qu’elle n’est finalement que peu de chose, cela ne la dérange pas du tout. Elle connaît la force de l’humilité nécessaire et ne se fait pas trop d’illusion. Ce qui ne l’empêche en rien de foncer !
FONCTIONNEMENT
De par sa très petite taille (au niveau financier : le strict nécessaire en vue de son objet et des maigres économies de son président ; au niveau humain : toutes les bonnes volontés), l’association « les éditions de la Fourmilière » aura un fonctionnement très simple.
Elle sera constituée uniquement d’un bureau, composé de trois personnes, désignées lors de l’assemblée constituante du 26/06/2011 (secrétaire : Delphine MOUNEREAU, trésorier : Cédric MARTIN, président : Julien CASSEL). Des collaborateurs seront aussi libres de creuser leur sillon dans cette fourmilière.
Du fait de la nature actuelle de l’association et au vu de son engagement personnel et financier total et désintéressé, le président sera l’unique décisionnaire au sein de l’association pour toutes les questions relatives à celle-ci (le principe la régissant, dans l’état actuel des choses, étant la libre participation d’individus ayant le désir de s’associer à un travail personnel dans l’optique de permettre sa concrétisation et/ou de l’enrichir).
Il n’effectuera donc aucune délégation en ce qui concerne les signatures, y compris au niveau financier (signatures de chèque, etc.).
Le président, pour démarrer l’association et concrétiser ses premiers projets, s’engage sur la base d’un contrat d’apport de 3300 €, signé par chacun des membres du bureau. Ceux-ci s’engagent à restituer cette somme à l’intéressé si l’association venait à être dissoute.
Par ailleurs, il assume, par honnêteté, l’aspect malaisé d’être à la fois celui qui apporte de l’argent et d’être l’un des signataires qui l’autorisent à cet apport financier !... Les présents statuts l’y autorisent expressément et entérinent par là même cet état de fait. Et ce d’autant plus facilement que le président ne gagnera pas personnellement d’argent avec l’association.
Si l’association n’est pas, par définition, à but lucratif, elle pourra être amenée à gagner l’argent du fruit de son travail, sous quelque forme qu’il soit. Toutes les rentrées d’argent resteront sur le compte de l’association, ce qui lui permettra de financer son projet suivant. Un projet devant financer le suivant, et non pas venir « enrichir » l’un des membres du bureau, ni personne, conformément à la loi.
L’association n’exclut pas (mais dans une beaucoup plus petite mesure) de financer des moments conviviaux, ou de faire de petits cadeaux symboliques à ses collaborateurs, pour les remercier de leur aide et de leur bénévolat. Il va de soi que ces gestes seront raisonnables et n’équivaudront jamais à un salaire et ne seront pas systématiques.
De par sa marginalité de fait, la gestion de l’association est désintéressée.
Son activité ne concurrencera jamais celle d’une entreprise, elle s’inscrit bien plutôt contre ce schéma ; elle n’atteindra jamais (et ne souhaite de toute façon pas atteindre) les conditions de maisons d’édition classique pour exercer son activité ; et par le produit proposé, et par le public visé, et par les prix pratiqués, et par les opérations de communication réalisées (comme on a pu s’en rendre compte en lisant, ci-dessus, la partie « moyens » de ces statuts).
Les collaborateurs de l’association le seront à titre gracieux et selon leur bon vouloir. L’engagement mutuel se fera sur le respect de la parole donnée, sur la confiance et d’une manière libre et respectueuse. Ceux-ci pourront bien sûr donner leur avis, mais il sera consultatif. La décision finale appartenant au président.
Le bureau et ses collaborateurs se réuniront quand ils le jugeront nécessaire. Les invitations seront coordonnées par le président.
Cela pourra donner lieu à des moments conviviaux financés par l’association.
L’association ne fonctionnera pas sur le principe de l’adhésion : ceux qui souhaitent la soutenir pourront le faire par le biais de dons et/ou par l’achat des productions de l’association.
L’association n’exclut pas la possibilité d’effectuer des demandes de subventions si le coût de ces projets le réclame. Néanmoins, elle essaiera de s’en passer au maximum.
L’association s’en tiendra à ce que la légalité et le bon sens lui demandent, vu sa taille et son objet, c’est à dire à :
· La constitution d’un bureau, qui fonctionnera comme stipulé ci-dessus.
· La tenue du « registre spécial ».
Tous les courriers seront uniquement adressés au siège social de l’association.
Enfin, il est entendu que si l’association « les éditions de la Fourmilière » devaient évoluer (en publiant d’autres travaux que ceux de son président par exemple ou pour tout autre évolution significative), elle révisera ses statuts en fonction, avec une réunion préalable du bureau.
Elle procédera de la même façon si l’association devait se dissoudre.
PREMIERS PROJETS
Pour résumer, l’association « les éditions de la Fourmilière », dont l’objet est de participer à l’approche et à la compréhension (à jamais repoussée et inatteignable) de l’être humain, par le biais de son expression artistique — sous toutes les formes possibles et imaginables ; une expression faite de sentiments, de tripes, de raison et d’âme, s’engagera pour l’heure dans six projets de départ :
- La publication d’un nouveau livre de J. Cassel, intitulé « Quelque part dans un utérus ».
- La refonte, le développement et l’enrichissement du blog des éditions de la Fourmilière : « Le Blog de rurz ».
- La prospection auprès d’établissements scolaires pour vérifier la viabilité d’interventions pédagogiques dans ceux-ci, autour de son objet.
- Sa présentation auprès de personnes susceptibles d’être intéressées par son objet et de s’y investir d’une manière ou d’une autre.
- La réédition d’une partie du premier ouvrage, épuisé, de J. Cassel.
- Le rassemblement des trois ouvrages ainsi édités par la Fourmilière dans un coffret artisanal de luxe à très peu d’exemplaires.
Fait en trois exemplaires à Grenoble,
le 26/06/2011
ASSOCIATION
-éF-
Les éditions de la Fourmilière
72, route de Lyon
38000 GRENOBLE
Secrétaire, Delphine MOUNEREAU
Trésorier,
Cédric MARTIN
Président,