The Dance of the ray of light in your eyes
( bande-annonce : ici )
Un homme (la quarantaine ?) est en crise. On peut penser à une carrière professionnelle brillante (à la NASA ?) et à une vie de couple - sans enfant - réussie. Mais il n'est plus là.
Il est ailleurs, dans son couple comme à son travail. Une longue pause régressive dans sa vie, un retour sur, en et au-delà de soi : une crise.
Le souvenir de son frère cadet, mort à 19 ans, a ressurgi en lui ; et plane... Et toutes les questions existentielles éternelles émergent à nouveau...
The Tree of life nous raconte le cheminement mental de cet homme pour parvenir à sortir de cette crise, en replongeant dans son passé, en lien avec le film en lui-même, qui lui nous montre la naissance de la Terre, de la vie sur Terre, du "sentiment" puis de l'humanité.
Il raconte comment cet homme (et toute sa famille) parviendra à faire le deuil de son frère, et parviendra à s'apaiser à la fin du film.
Voilà pour l'histoire.
Magistralement, superbement, gracieusement sublimée par la façon dont Malick la met en scène.
Le film est rythmé par des apparitions orangées, et parfois bleutées, mouvantes sur fond noir, en musique douce. D'une finesse extrême, la forme du film est l'épure dansante. Ce que j'ai raconté plus haut est évoqué en une poignées d'images, muettes le plus souvent.
Les différents niveaux temporels (aube du monde et de la vie, passé des personnages, présent) sont mélangés mais bien identifiables. Le temps passe ou revient en arrière par la grâce des mouvements de caméra, montés cut, souvent coupés dans le mouvement, ce qui n'est d'ailleurs pas sans évoquer les sublimes réminiscences du protagoniste d' Enter the Void - voir "critique" du film plus bas dans ce blog (film qui, dans son fond, possède de nombreux points communs avec The Tree of life : l'envie formidable, réussie (et comment !), d'embrasser l'histoire humaine dans la totalité de ses aspects, de montrer le jamais-vu et l'invisible, l'universel ; Malick allant cependant jusqu'à évoquer la naissance du monde, chose que Noé ne fait pas dans son film).
Le film, par ses voix-off, annonce clairement et d'entrée son argument : la voie de la nature, terrible et violente ; la voix de la grâce, aérienne et douce, incarnées par le père et la mère du protagoniste : il nous faut choisir.
Nous sommes faits de ce dont est fait le monde, de ce dont sont faites les étoiles : dans l'évocation du passé de Jack (le protagoniste), dans cette ambivalence constante entre la nature et la grâce, Malick associe toutes les étapes de la vie humaine à toutes les étapes de la création du monde, de la vie sur terre et de son évolution, en des scènes donnant le frisson faites d'images jamais vues auparavant.
Homme et monde en échos constants, en frères. Toute l'ambivalence est présente dans les évocations sublimes du devenir homme de Jack, provoquée par la naissance de l'Autre, les questionnements, les désillusions, la rébellion, la cruauté, les premiers émois sexuels, l'irruption du désir ; bref, par le grandir. Nous assistons à l'éveil de la conscience de Jack, enfant sur le point de ne plus l'être.
Cette ambivalence s'exprime aussi dans la forme du film : la mère (quel personnage !) associée à la caméra virevoltante, papillonnante ; le père, à une caméra moins mobile, plus lourde, en équilibre instable. Et les enfants : caméra courant avec eux, nerveuse, aventureuse, découvreuse, hyper mobile.
Le film débute avec la mère, enfant, puis se poursuit par un saut (une légère vague plutôt) dans le temps, à l'époque de l'annonce par courrier de la mort du fils, du frère, puis part dans un premier voyage dans l'"inconnu" fait d'images magnifiques, sur fond de voix questionnantes et parcimonieuses des personnages. Puis longue évocation pour évoquer l'enfance de cette fratrie de trois garçons, centrée sur Jack, entrecoupée par son présent (Jack homme), par des images de paysages arides évoquant sa quête, par de nouvelles images d'espace, d'infiniment grand, d'infiniment petit, pour déboucher sur l'ultime scène en musique, crescendo et bouleversante, de la fin de la quête, des retrouvailles symboliques en bord de mer, puis le visage apaisé de Jack homme ; enfin un pont.
The Tree of life est nimbé de religion chrétienne, de dieu. Sans aucun prosélytisme, et avec une grande intelligence, une beauté et une simplicité (malgré sûrement ce que dégage ce texte) !... C'est là. C'est tout. Et la religion permet au film d'atteindre une autre dimension. Dieu est souvent interpellé : pourquoi la mort, et quel sens donner à la vie ? Dieu est silencieux mais présent, dans l'ambivalence de la nature et de la grâce. Tout est.
La crise du protagoniste adulte, sa quête, sa tentative de retourner vers son frère oublié, ce voyage dans l'apprentissage du deuil, est symbolisée par les immensités rocheuses arides dans lesquels erre, puis s'aventure Jack homme sur l'invite souriante de Jack enfant, pour enfin déboucher sur une plage, croisant d'autres personnes en quête elles aussi ; en quête, comme lui, d'apaisement, et surtout pour rejoindre, en cette scène incroyable déjà citée, toute sa famille acceptant alors le décès du jeune frère, remis par sa mère entre les mains de dieu en un montage foisonnant de scènes rituelles douces et belles (qui passent comme une lettre à la Poste !) : les mains offrantes de la mère.
Parmi les très nombreux chocs de beauté provoqués par ce film, un me restera et m'a tiré des larmes : un plan d'une ou deux secondes peut-être : le regard bouleversant de la mère regardant son fils, elle s'agenouillant, avant que la nuit ne tombe sur la plage.
Ce regard de Jessica Chastain...
Ce regard de Jessica Chastain...
The tree of life est immense.
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Petite anecdote :
La première fois que j'ai vu ce film, c'était dans un multiplexe de Grenoble. Un film comme ça, me suis-je dit, ça se regarde sur un écran géant avec un son de fou.
La salle était comble. Et, comment dire... un vague malaise a été palpable durant tout le film. Un mélange fait de "Qu'est-ce que c'est que ça ?", de "Comment je dois réagir ?", de début de colère contenue, de moqueries, de rires gênés, de soupirs - certains ont quitté la salle (mais trop peu : gloire leur soit rendue !) - a flotté dans l'air constamment. Geignements exaspérants...
À la fin du film, ce fut fascinant : une espèce de soulagement général dans la salle. Torture terminée, langue déliée... Et alors une immense haine m'a envahi. Un mépris gigantesque pour tous ces abrutis ne sachant pas voir la beauté où elle se trouve, si simple et évidente pourtant ; l'envie de tous les voir mourir tellement il n'était rien de n'avoir pas été sensible à cette beauté, qu'ils ne méritaient pas de vivre, que ce n'étaient que des rats ; l'envie de me mettre sur l'estrade de devant l'écran et de les insulter tous, ignoblement et sans détour, m'a pris ; l'envie de leur dire, de leur cracher à leurs pauvres gueules, ce que je suis en train d'écrire ici. Ça m'a gâché la fin du film et la soirée ! J'en parlerai à mon cheval-psy !...
Évidemment (et tant mieux !...), j'ai juste dit aux deux pouffes qui pouffaient à côté de moi, qu'elles n'étaient pas obligées de rester jusqu'à la fin... Quel homme !...
Allez, avec du recul et un peu plus de gentillesse pour la race humaine, laissons le cinéaste David Lynch nous expliquer ce qui s'est passé :
Photo : D.R.


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